Le caoutchouc se fait rare, danger pour le secteur auto

Alors que les défis de la chaîne d’approvisionnement s’accumulent, les fabricants ont désormais du mal à trouver le matériau clé pour les pneus : le caoutchouc.

Les constructeurs automobiles aux prises avec des fermetures d’usines causées par une pandémie et une pénurie mondiale de puces sont désormais confrontés à un autre casse-tête de la chaîne d’approvisionnement : la diminution des approvisionnements en caoutchouc.

Le marché du caoutchouc sous tension

Les difficultés actuelles rencontrées sur les capacités de fret aéronautique perturbent la circulation du caoutchouc naturel, un matériau clé utilisé dans les pneus et dans de nombreux composants présents sous le capot.

L’approvisionnement mondial étant d’ores et déjà à court après le stockage par la Chine – après la reprise de son économie – et une maladie foliaire dévastatrice , les prix du caoutchouc sont à la hausse et certains fournisseurs automobiles américains se précipitent pour sécuriser les expéditions avant que le marché ne se resserre davantage.

Le secteur automobile touché par de nombreuses pénuries

Alors que les entreprises de pratiquement tous les marchés sont confrontées à des pénuries, aucune industrie n’est peut-être plus durement touchée que l’automobile. De nombreuses usines se trouvent bloquées par une crise des semi conducteurs qui coûte des dizaines de milliards de dollars en revenus perdus, tandis que les matériaux allant de la mousse de siège au métal en passant par la résine plastique sont également de plus en plus difficiles à trouver.

L’industrie, qui a longtemps compté sur la fabrication juste à temps pour réduire les coûts, constate qu’elle a une flexibilité limitée pour faire face aux perturbations de la chaîne d’approvisionnement provoquées par la pandémie.

Une pénurie de caoutchouc pourrait perturber la production automobile

La pénurie de caoutchouc menace de perturber davantage la production de véhicules, alors que la demande rebondit et que l’administration Biden arrose l’économie américaine avec 1,9 milliards de dollars de dépenses pour financer une relance.

Les difficultés rencontrées sur le secteur du caoutchouc pourraient s’avérer particulièrement épineuses, les arbres ayant besoin de sept ans pour arriver à maturité, ce qui rend improbable un rebond rapide de l’offre. Mais très probable un phénomène de stockage de peur de manquer.

Le caoutchouc déjà une préoccupation pour les fournisseurs liés aux US

Les constructeurs automobiles, y compris Ford et Stellantis affirment surveiller la situation du caoutchouc mais ne pas avoir encore ressenti d’impact.

De même, General Motors dit ne pas s’inquiéter pour son approvisionnement en caoutchouc. Michelin , l’un des plus grands fabricants de pneus au monde, contourne quant à lui la congestion portuaire en utilisant des expéditions de fret aérien directement depuis l’Asie.

Mais pour les fournisseurs qui dépendent de la distribution américaine, le caoutchouc est déjà une préoccupation.

La Chine stock de peur de manquer

Les problèmes d’approvisionnement n’ont commencé à frapper les États-Unis qu’au second semestre de l’année dernière, lorsque la Chine, le plus grand marché automobile du monde et le premier consommateur de caoutchouc naturel, a profité des prix bas et d’une reprise de son économie pour faire des achats substantiels. L’Empire du Milieu a même stocké du caoutchouc pour ses réserves nationales en partie grâce à des achats au Vietnam, caoutchouc utilisé dans les flancs des pneus.

La Chine était de loin le plus grand utilisateur de caoutchouc naturel au monde en 2020.

Durant les premiers mois de la crise sanitaire, la demande a chuté, les kilomètres parcourus – la principale mesure de la demande de caoutchouc – diminuant à mesure que les pays imposaient des quarantaines.

Mais le caoutchouc s’est vite rétabli. La demande a même dépassé les prévisions les plus optimistes. À leur sortie de confinement, les citoyens chinois ont acheté un très grand nombre de véhicules neufs en raison des inquiétudes concernant la sécurité sanitaire dans les transports publics. Et des tendances similaires sont attendues dans le reste du monde.
Désormais, la demande a dépassé l’offre, provoquant une grave pénurie de caoutchouc les stocks des fabricants de pneus devenant quant à eux très bas.

Envolée des prix du caoutchouc

Une situation qui se traduit d’ores et déjà dans le prix des contrats à terme sur le caoutchouc. Le caoutchouc naturel a grimpé à environ 2 dollars le kilogramme fin février, un sommet en quatre ans.

Certains analystes voient même les prix grimper jusqu’à 5 $ au cours des cinq prochaines années.

Des problèmes structurels

L’industrie du caoutchouc est dominée par les petits exploitants, ce qui fait qu’il est difficile pour les producteurs de s’adapter rapidement lorsque la demande change, que les prix fluctuent ou que des problèmes de chaîne d’approvisionnement apparaissent.

Les analystes financiers du secteur estiment ainsi que les problèmes d’approvisionnement constatés à l’heure actuelle sont structurels, et qu’ils ne devraient pas être résolus rapidement.

Autre fait notable : le prix du caoutchouc est fixé par le Shanghai Futures Exchange, où les courtiers spéculent sur la valeur du caoutchouc aux côtés de l’or, de l’aluminium et du carburant. Au final, le prix n’a rien à voir avec le coût de production …. Le prix du caoutchouc par tonne peut varier trois fois d’un mois à l’autre et, ces dernières années, il est resté très bas.

Cette situation compromet encore davantage l’approvisionnement en caoutchouc. La faiblesse des prix oblige les agriculteurs à surexploiter leurs arbres pour obtenir plus de caoutchouc, ce qui affaiblit les plantes et les rend plus sensibles aux maladies.

Elle a également découragé la plantation de nouveaux arbres pour remplacer ceux qui sont en fin de vie commerciale, et de nombreux agriculteurs ont carrément abandonné les plantations.

Fin 2019, le Conseil international tripartite du caoutchouc a averti que l’offre mondiale accuserait un déficit d’un million de tonnes en 2020, soit environ 7 % de la production. La pandémie débutait quelques temps après.

Notre avis ,

La situation met en avant les dangers de pratiques de fabrication en flux tendu qui ont la faveur de l’industrie automobile depuis des décennies. En gardant de faibles niveau de stocks pour contrôler les coûts, les entreprises deviennent vulnérables pendant les périodes de volatilité accrue de la chaîne d’approvisionnement. La pénurie de semi-conducteurs – exacerbée par la réduction des commandes des constructeurs automobiles lors des arrêts de Covid-19 – pourrait coûter 61 milliards de dollars en revenus perdus cette année, selon le cabinet de conseil AlixPartners.

Sources : Bloomberg, BBC

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