Les plus grands constructeurs font des bénéfices record en temps de crise

Sur le dernier trimestre, les 16 plus grands groupes et constructeurs automobiles ont réalisé des bénéfices records, malgré une baisse historique des ventes. Plus que jamais, les ventes s’orientent vers les modèles et finitions haut de gamme.

C’est un paradoxe qui fait pour l’instant le bonheur des constructeurs, mais qui pourrait bien ne pas durer. La plupart des grands groupes automobiles vendent en effet de moins en moins de voitures depuis cet été et une rentrée mouvementée, marquée par la violente pénurie de certaines pièces. Derrière cette réalité se cachent pourtant des résultats budgétaires témoignant d’une belle santé financière pour de nombreux géants de l’automobile.

Toujours moins de voitures, toujours plus d’argent

Au troisième trimestre, les 16 plus gros constructeurs mondiaux ont vu leurs ventes chuter de 16 % par rapport à 2020, et bien plus par rapport à 2019. Une baisse qui fait particulièrement mal aux marques allemandes, lesquelles ont perdu 31 % de ventes uniquement en Chine. Ce résultat catastrophique fait baisser pour la première fois depuis 2015 la part de marché de la Chine dans les résultats de VAG, Daimler et BMW. C’est dire, donc, si l’activité industrielle tourne au ralenti.

Pourtant, tout n’est pas noir. Les constructeurs vendent moins, mais vendent mieux : leurs bénéfices ont progressé de 23 %, atteignant les 23 milliards d’euros.

Un paradoxe qui tient à une explication relativement simple : les stocks de semi-conducteurs étant faibles, les constructeurs les réservent à des modèles plus chers, et à des finitions plus hautes. La faiblesse des volumes est ainsi compensée par la “richesse” du panier moyen de l’acheteur de VN, qui devrait atteindre des records en 2021 (il était déjà de plus de 26 000 € les années précédentes en France).

Combien de temps cela va-t-il tenir ?

Le cabinet Ernst & Young, qui révèle les chiffres cités plus haut, précise que cette situation est dangereuse pour les constructeurs. D’abord parce que les prix sans cesse en hausse écartent de plus en plus de monde de l’achat automobile. Mais pas seulement : c’est l’ensemble de la chaîne de fournisseurs et équipementiers qui joue sur une corde très tendue depuis quelques mois. Et sans filière d’approvisionnement financièrement saine et stable, les constructeurs ne sont rien : “la situation actuelle présente aux fournisseurs d’énormes difficultés, parfois existentielles – et en fin de compte, fabricants et fournisseurs sont dans le même bateau, les fabricants dépendent de fournisseurs solvables”, précise un partenaire d’E&Y.