Batterie solide : 0 à 80 % en 5 minutes, mais les promesses tiennent-elles vraiment ?

Début 2026, Donut Lab avait créé la surprise au CES de Las Vegas en annonçant disposer de « la première batterie solide prête à être commercialisée ». Une affirmation qui avait fait le tour du monde de l’automobile électrique. Quelques semaines plus tard, les premiers tests indépendants livrent un bilan plus contrasté.

Des performances de recharge réellement impressionnantes

Les essais ont été conduits par le VTT Technical Research Centre of Finland — un centre de recherche sérieux et reconnu — sur une cellule de 26 Ah. Le résultat sur la vitesse de charge est objectivement remarquable : à un taux de charge de 11C, la batterie passe de 0 à 80 % en 4 minutes et 30 secondes. Pour donner un ordre de grandeur, les meilleures batteries actuelles de véhicules électriques grand public ont besoin de 15 à 25 minutes pour atteindre ce même niveau de charge.

Sur ce point précis, Donut Lab ne ment pas.

Mais il y a un problème de taille

Cette vitesse de recharge fulgurante s’accompagne d’une montée en température très préoccupante. Lors des tests, la surface de la cellule a frôlé les 90 °C avec une gestion thermique minimale, forçant les ingénieurs à interrompre la procédure avant d’atteindre des niveaux dangereux.

C’est là que le bât blesse. L’une des promesses phares de Donut Lab était précisément qu’une batterie solide n’aurait pas besoin de système de refroidissement actif — un avantage majeur en termes de poids, de coût et de simplicité. Or les tests démontrent l’inverse : recharger vite, oui, mais avec un encadrement thermique sérieux et coûteux.

Des annonces invérifiables et une crédibilité qui s’effrite

Les tests du VTT ne portaient que sur la vitesse de charge. Les autres affirmations spectaculaires de Donut Lab — 400 Wh/kg de densité énergétique, 100 000 cycles de durée de vie, stabilité de -30 °C à +100 °C — n’ont pas été vérifiées de manière indépendante.

Plus troublant encore : la start-up refuse catégoriquement de divulguer les détails techniques sur les matériaux et procédés utilisés, invoquant le secret industriel. Une posture défendable pour une technologie en développement, mais difficile à accepter pour une batterie présentée comme « prête pour une production en série ».

Le patron de Svolt, un acteur reconnu du secteur des batteries, n’a pas mâché ses mots en qualifiant le projet de « fraude », estimant que la batterie promise serait « incompatible avec notre niveau de connaissances industrielles ». Un avis sévère, mais partagé en coulisses par de nombreux experts. BYD, CATL et les autres grands acteurs mondiaux ne parlent eux-mêmes que de prototypes ou de productions limitées à l’horizon 2030.

Ce que cela signifie pour l’avenir de la batterie solide

La batterie solide reste l’une des technologies les plus prometteuses pour l’avenir du véhicule électrique : plus dense en énergie, plus sûre, potentiellement plus durable que les batteries lithium-ion actuelles. Mais le chemin entre laboratoire et production industrielle à grande échelle est long, semé d’embûches techniques et financières.

Le cas Donut Lab illustre parfaitement un phénomène devenu courant dans l’industrie des nouvelles mobilités : l’annonce fracassante qui devance la réalité. Les investisseurs et les médias s’emballent, avant que les tests indépendants ne remettent les chiffres à leur juste place.

Pour le marché marocain et les professionnels qui anticipent leur transition vers l’électrique, la leçon est claire : la batterie solide viendra, mais pas demain. En attendant, les technologies actuelles — lithium-ion, EREV, hybrides rechargeables — restent les solutions les plus fiables et les plus accessibles pour engager dès maintenant la transition vers une mobilité plus propre.

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