La voiture électrique est souvent présentée comme une solution pour réduire la pollution de l’air dans les villes. Mais elle possède un autre avantage, moins souvent évoqué : elle est beaucoup plus silencieuse à basse vitesse qu’une voiture thermique.
Alors que les grandes villes marocaines font face à une circulation de plus en plus dense, la question du bruit devient elle aussi un véritable enjeu de qualité de vie. Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger ou encore Fès connaissent quotidiennement leur lot de klaxons, de moteurs, de scooters, de bus et de véhicules de livraison.
Dans ce contexte, le développement de la mobilité électrique pourrait-il contribuer à rendre nos villes plus calmes ?
La réponse est oui, mais pas à elle seule.
Une voiture électrique nettement plus silencieuse en ville
La principale différence entre une voiture électrique et une voiture thermique est évidente : le moteur électrique ne produit pas le même bruit mécanique qu’un moteur essence ou diesel.
À faible vitesse, notamment lors des démarrages et des accélérations, cette différence est particulièrement perceptible. Les travaux cités par l’article d’Automobile Propre font état d’un écart pouvant atteindre plusieurs décibels dans certaines conditions urbaines.
Pour les habitants qui vivent à proximité d’une rue très fréquentée, la multiplication des véhicules électriques pourrait donc avoir un effet positif.
Imaginez une rue résidentielle où les voitures démarrent régulièrement tôt le matin. Avec des véhicules électriques, la disparition du bruit du moteur thermique peut rendre ces passages beaucoup plus discrets.
Et le potentiel ne concerne pas uniquement les voitures particulières.
Bus électriques, taxis, véhicules de livraison, véhicules municipaux et bennes à ordures électriques pourraient également contribuer à réduire le bruit dans les zones urbaines.
Le silence ne dure pas à toutes les vitesses
Il faut toutefois éviter une idée reçue : une voiture électrique n’est pas silencieuse.
Lorsque la vitesse augmente, le bruit provenant du moteur devient moins important par rapport au bruit de roulement, c’est-à-dire le bruit produit par les pneus en contact avec la chaussée.
À partir d’une certaine vitesse, le moteur n’est donc plus le principal responsable du bruit. Les pneumatiques, la chaussée et surtout la vitesse prennent davantage d’importance.
C’est une donnée particulièrement importante pour les infrastructures routières marocaines.
Sur une voie rapide ou une autoroute, remplacer les voitures thermiques par des voitures électriques ne signifie donc pas que le niveau sonore sera divisé de manière spectaculaire.
En ville, en revanche, où les véhicules circulent souvent à faible vitesse et multiplient les phases d’arrêt et de redémarrage, l’avantage acoustique de l’électrique est beaucoup plus intéressant.
Le poids des voitures électriques est-il un problème ?
Les véhicules électriques sont souvent plus lourds que leurs équivalents thermiques, principalement en raison de leur batterie.
On pourrait donc penser qu’un véhicule plus lourd produit automatiquement davantage de bruit de roulement.
La réalité est plus nuancée.
Le poids n’est pas le seul facteur déterminant. Le type de pneumatiques, leur largeur, leur conception et la vitesse jouent également un rôle important. Les pneus larges et certains pneumatiques conçus pour des véhicules lourds ou puissants peuvent notamment augmenter le bruit de roulement.
Cela signifie qu’une véritable politique de réduction du bruit ne peut pas se limiter au choix de la motorisation.
Le pneu compte. La vitesse compte. La chaussée compte aussi.
Des voitures électriques… trop silencieuses ?
Le silence est généralement considéré comme un avantage. Pourtant, à très basse vitesse, il peut aussi poser une question de sécurité.
Une voiture électrique qui avance doucement dans une rue est beaucoup moins audible pour un piéton qu’une voiture équipée d’un moteur thermique.
C’est particulièrement important pour les personnes malvoyantes, mais aussi dans les zones où les piétons et les véhicules partagent étroitement l’espace.
C’est pour cette raison que les véhicules électriques et hybrides modernes sont équipés d’un système sonore d’avertissement extérieur, généralement appelé AVAS, destiné à signaler leur présence à basse vitesse et en marche arrière.
L’objectif est donc de trouver un équilibre : suffisamment silencieux pour réduire la pollution sonore, mais suffisamment audible pour garantir la sécurité des usagers vulnérables.
Faut-il vraiment ajouter des faux bruits de moteur ?
Une autre tendance fait débat : certains constructeurs ajoutent à leurs voitures électriques des sons artificiels censés rappeler le bruit d’un moteur thermique.
Pour les passionnés d’automobile, cela peut contribuer à préserver certaines sensations associées à la conduite. Mais du point de vue de la réduction du bruit urbain, la question mérite d’être posée.
Si l’un des avantages de la voiture électrique est précisément de supprimer une partie du bruit mécanique, est-il pertinent de recréer artificiellement ce bruit ?
Pour Maroc Mobilité, la priorité devrait être claire : les sons artificiels doivent avant tout répondre à un objectif de sécurité, et non simplement reproduire le bruit d’une voiture thermique.
Le vrai défi marocain : réduire le bruit de toute la circulation
Il serait cependant illusoire de penser que l’électrification des voitures suffira à résoudre le problème du bruit dans les villes marocaines.
Même avec un parc automobile entièrement électrique, nos rues resteraient exposées à de nombreuses sources sonores :
- les klaxons ;
- les scooters et motos ;
- les bus et véhicules lourds ;
- les véhicules de livraison ;
- les sirènes ;
- les travaux ;
- les accélérations et freinages répétés ;
- le bruit de roulement des pneumatiques ;
- les embouteillages et les fortes concentrations de véhicules.
La voiture électrique peut donc réduire une partie du bruit, mais elle ne peut pas supprimer l’ensemble du paysage sonore urbain.
Et au Maroc, quel potentiel ?
Pour les grandes agglomérations marocaines, le développement de la mobilité électrique pourrait néanmoins représenter une opportunité intéressante.
Les zones résidentielles, les centres-villes, les quartiers proches des écoles et des hôpitaux ou encore les espaces où la circulation est particulièrement dense pourraient bénéficier de véhicules plus silencieux.
L’électrification des transports collectifs pourrait même avoir un impact particulièrement intéressant. Un bus électrique qui circule dans un quartier résidentiel n’émet pas le même bruit mécanique qu’un bus thermique lors de ses arrêts et redémarrages.
De la même manière, l’électrification progressive des flottes professionnelles — taxis, livraison, services municipaux ou entreprises — pourrait avoir un effet plus important que le simple remplacement de quelques voitures particulières.
Pour des villes vraiment plus silencieuses, il faut aller plus loin
La mobilité électrique doit donc être considérée comme un outil parmi plusieurs.
Pour réduire durablement la pollution sonore dans les villes marocaines, plusieurs leviers peuvent être combinés :
Réduire la vitesse. Une circulation plus lente signifie généralement moins de bruit de roulement et moins d’accélérations brutales.
Réduire les embouteillages. Une circulation fluide limite les accélérations, freinages et coups de klaxon inutiles.
Développer les transports collectifs. Un système de transport public performant peut réduire le nombre de véhicules individuels présents dans les rues.
Encourager les mobilités douces. La marche et le vélo ne produisent évidemment pas le même niveau de nuisance sonore qu’un véhicule motorisé.
Choisir des pneumatiques moins bruyants. Le bruit de roulement devient particulièrement important à mesure que la vitesse augmente.
Mieux organiser les livraisons urbaines. Les horaires et les types de véhicules utilisés peuvent avoir un impact important sur le bruit dans les quartiers résidentiels.
La voiture électrique n’est pas une solution miracle
Alors, les voitures électriques vont-elles rendre les villes marocaines plus silencieuses ?
Oui, probablement, mais dans certaines situations plus que dans d’autres.
À basse vitesse, leur fonctionnement beaucoup plus discret constitue un véritable avantage. Dans les rues urbaines, lors des démarrages et dans les zones résidentielles, cette différence peut être appréciable.
Mais au-delà d’une certaine vitesse, le bruit des pneus et de la chaussée prend le dessus. Et surtout, une ville ne se résume pas au bruit de ses voitures.
La véritable transition vers une ville plus agréable ne consiste donc pas simplement à remplacer les moteurs thermiques par des moteurs électriques.
Elle consiste à repenser la mobilité dans son ensemble : moins de congestion, des vitesses mieux maîtrisées, davantage de transports collectifs, des véhicules plus propres et plus silencieux, mais aussi davantage d’espace pour les piétons et les cyclistes.
L’électrique peut rendre nos déplacements plus silencieux.
Mais pour rendre nos villes vraiment plus calmes, il faudra surtout apprendre à faire moins de place au bruit automobile.
À retenir
La voiture électrique apporte un réel bénéfice acoustique à basse vitesse, notamment en milieu urbain. En revanche, cet avantage diminue lorsque la vitesse augmente, car le bruit des pneus et de la chaussée devient dominant.
Pour les villes marocaines, l’électrification représente donc une pièce du puzzle. La réduction du bruit passera également par une meilleure gestion de la circulation, des transports collectifs performants, une maîtrise des vitesses et une place plus importante accordée aux mobilités actives.
article basée ce poste : https://www.automobile-propre.com/articles/pollution-sonore-les-voitures-electriques-rendent-elles-vraiment-nos-villes-moins-bruyantes/

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